Daniel Bord

Autoconstructeur d’une maison bulles à Festes St André (Aude) avec les conseils d’Antti Lovag.

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Technique spéciale : projection de microbéton sur des plaques de polyuréthane

Daniel Bord a utilisé des plaques de polyuréthane, qui servent à la fois de coffrage et d’isolation. Il présente ce procédé.

Les plaques de polyuréthane que l’on trouve dans le commerce sont recouvertes généralement sur leurs deux faces d’un papier kraft goudronné. J’ai utilisé les plaques de 5 cm d’épaisseur et j’ai supprimé la pose du « sac à patates », Nergalto, Stucanet ou autres matériaux similaires qui servent de coffrage perdu .

Grâce à des cales coupées dans du tuyau PVC 20×25, on peut maintenir les plaques à distance du ferraillage. On travaille à deux, une personne de chaque côté du ferraillage.

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J’ai choisi l’isolation extérieure pour un meilleur rendement thermique. On présente la plaque côté extérieur et de l’intérieur une personne glisse la cale entre la troisième couche de fers (la plus extérieure) et le polyuréthane, puis place une attache à cheval sur le fer, l’insère dans la cale et la pique à travers la plaque.

De l’autre côté, l’autre personne utilise des barrettes découpées dans du treillis soudé carreau 10×10. Elle place la barrette entre les bouts dépassant de l’attache et tortille à la tenaille cette dernière jusqu’à blocage de l’ensemble.

Puis on recommence l’opération toujours sur le fer de troisième couche à une distance d’environ une longueur de tenaille jusqu’à ce que la plaque soit fixée dans toute sa longueur. On reprend ensuite les autres fers de troisième couche parallèles aux premiers terminés.

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On se rendra compte que la plaque se courbe et se comprime dans son épaisseur de façon totalement inattendue et ceci malgré le papier sur les deux faces. Il vaut mieux d’ailleurs ne pas enlever le papier en pensant avoir une plus grande souplesse de la plaque, car il arrive assez souvent dans le deuxième choix que les plaques de polyuréthane soient assemblées en plusieurs morceaux et alors, sous la tension, les raccords se décollent. D’ailleurs le papier goudronné jouera le rôle de pare-vapeur côté intérieur, évitera aux cales de défoncer le polyuréthane après un tortillage de l’attache un peu brutal et côté extérieur, protégera les plaques des pluies avant qu’on ait eu le temps de crépir.

J’ai courbé des plaques de 2,50m x 1,20m sur des rayons de 3,70m. Pour des courbures plus prononcées, on peut redécouper les plaques.

Pour faciliter la pose, on commence par le haut des bulles, ce qui permet, côté extérieur, de se tenir sur le ferraillage et à l’intérieur sur un échafaudage. On ajuste les plaques les unes aux autres en les présentant et en les marquant au feutre ou au couteau à travers le ferraillage et en suivant le bord de la plaque précédente déjà posée. On récupère ainsi des chutes qui font d’excellentes éponges pour le lissage du mortier lors de la finition.

Quand on ajuste les plaques, il convient de le faire en biseau, ceci afin de les colmater par la suite à l’aide d’une bombe de polyuréthane.

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Le joint côté extérieur aura environ 1 à 2,5cm de large, il est alors très facile d’introduire la canule de la bombe et de remplir efficacement le joint. On arrasera par la suite l’excès du boudin qui aura gonflé.

On peut alors commencer la projection du mortier de l’intérieur.

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C’est là un travail un peu délicat du fait que l’on doit projeter un maximum de surface par en dessous. Cette difficulté a été résolue de la façon suivante :

Tout d’abord, j’ai confectionné un masque de protection pour le visage à l’aide de grillage de garde -à-manger et de rhodoïd transparent.

Le grillage freine les grains de sable renvoyés par la paroi sur laquelle on projette, et, le rhodoïd les arrête complètement sans être sali par eux. Il faut garder un espace assez important (5 à 7cm) entre les deux protections. On peut facilement laver l’ensemble sous le robinet de temps à autre.

La couche de salissage ne pose pas de problème. Les couches suivantes sont plus délicates, car à chaque projection, il s’accumule une épaisseur sur le fer de la première couche intérieure qui devient vite gênante et amènerait à augmenter l’épaisseur du « voile de béton » au delà de ce qui est souhaité. Il faut donc s’efforcer de projeter entre les rangs des fers de la première couche.

Dès la troisième projection on aura intérêt à joindre au mortier un accélérateur. J’ai utilisé simplement un antigel courant suivant le dosage normal indiqué sur le sachet.

Cet accélérateur va permettre d’intervenir très rapidement derrière celui qui projette : on racle à la truelle l’excédent sur les fers de la première couche pendant que le mortier commence à peine sa prise. Sans accélérateur, ce raclage tend à faire se détacher une partie trop importante de la projection. De plus l’accélérateur rend le mortier plus collant et onctueux. Cet excédent est récupéré et reprojeté de suite, ce qui limite les pertes. Ainsi, au fur et à mesure des couches de projection successives, on comble les trous importants entre les fers, sans augmenter sensiblement l’épaisseur sur les fers de la première couche. Il faut avoir bien soin évidemment de remplir derrière les fers.

Sur un ferraillage en fer tor de 8, il nous a fallu 5 couches de projection jusqu’à lissage complet.

Il ne reste plus ensuite à l’extérieur qu’à étendre et attacher sur le polyuréthane un treillis soudé de carreleur 5×5 et de projeter un enduit hydrofuge destiné à être peint.

Le procédé semble intéressant, surtout pour l’autoconstructeur, du fait que la projection du polyuréthane comme isolant n’est possible qu’avec un matériel très sophistiqué et très cher.

Pour une bulle de 6m de diamètre, je n’ai utilisé que 4 bombes de polyurethane, ce n’est donc pas un poste important.

Autres avantages, le polyurethane couvre l’ensemble du chantier, ce qui rend quasi nul les risques d’une pluie qui délaverait les couches de projection. On n’est pas gêné par l’échafaudage comme dans la solution de projection extérieure. Un simple matériel de plâtrier convient. J’invite donc ceux qui sont intéressés à venir faire un tour chez moi.

Daniel Bord

Feste-Saint-André, 11300 Limoux

Histoire de stage

Daniel Bord a accueilli un stage en1984. Il a bénéficié du concours d’Antti Lovmg. d’Hervé Reboulin et de sept stagiaires. Daniel nous raconte le début des travaux et en tire les premières leçons.

Le stage a eu lieu du dimanche 21 au samedi 27 octobre. Les gabarits nécessaires au ferraillage des bulles avaient été amenés de Port-la-Galére et de Tourrettes-sur-Loup une semaine auparavant, dans la camionnetted’un ami.

Les plus grands gabarits (éléments de 6 métrés  de la  bulle de 10 métrés) ont été chargés en les engageant sous le siège avant. Tous les autres tenaient à l’aise :

  • gabarits pour bulle de 3.70 m;
  • support de tour centrale ;
  • couloir de 1.50 m de large ; gabarits de fenêtres de 1.50 m à 0,50 m. Le tout pesait environ 1000 kilos.

Je me suis procuré des tubes d’échafaudages et des colliers chez un marchand de matériaux.

Il est à noter que pour une bulle de 10 mètres, il faut une quantité impressionnante de tubes, contrairement aux petites bulles.

En plan, la bulle de 10 mètres est divisée en 16 parties au lieu de 8 pour les petites bulles, ceci afin que l’écartement entre les gabarits ne soit pas trop grand. Il y a donc :

  • 3 tubes pour la tour centrale ;
  • 16 tubes horizontaux pour le premier étage d’échafaudage ;
  • 16 tubes verticaux pour le premier et le deuxième étage ;
  • 16 tubes horizontaux pour le deuxième étage;
  • 8 tubes verticaux et 8 tubes horizontaux pour le troisième étage.

Au total : 67 tubes.

Le soi en pente tronquant la sphère, certains tubes n’ont pas été nécessaires ; en outre, les huit tubes horizontaux du premier étage ne font que 3 mètres de longueur, côté amont, alors que les autres font 6 mètres. Il a fallu ajouter cinq ou six tubes de contreven-tement.

Bref, l’échafaudage y compris les plateaux de maçons m’est revenu a environ 10 000 francs.

On peut donc remarquer que si l’on souhaite une solution économique, il faut se contenter seulement de petites bulles. Une bulle de 4 mètres de diamètre nécessite 8 tubes verticaux, 8 horizontaux et 3 tubes de tour centrale, soit au total 19 tubes de 3 mètres seulement, au lieu des tubes de 6 mètres nécessaires à une grande bulle. Mais bien sur une grande bulle correspond à un autre usage et offre d’autres agréments.

Avant la mise en place des gabarits, le terrain avait été décapé au bulldozer jusqu’à la roche II n’y a pas eu de fondations. Lors de la mise en place du ferraillage, les barres de fer à béton étaient enfoncées dans la roche en faisant des trous à la perceuse.

Il y avait sept stagiaires qui ont travaillé sous la conduite d’Antti Lovag et d’Hervé Reboulin. Mes enfants (14 et 16 ans) et ma femme étaient présents ainsi qu’un ami venu faire la cuisine.

L’ambiance était agréable et le temps favorable. Nous avons pu terminer complètement deux bulles de 4 mètres de diamètre et mettre en place l’échafaudage et les gabarits de la grande bulle. Je dois dire que cela nous a stimulés. Ce démarrage en force du chantier nous a mis immédiatement dans la réalité de la construction. Maintenant, nous travaillons en famille doucement, au rythme d’une semaine par mois.

Au 10 mars, le ferraillage de trois bulles (deux petites et une grande avec un hamac) est terminé. Nous commençons la serre.

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